ℜ𝔬𝔴'𝔰 𝔫𝔬𝔫𝔰𝔢𝔫𝔰𝔢

Le Brocard

398 mots

T.W : mort d'un animal, body horror



  Xavier avait trouvé le chevreuil blessé une demi-heure plus tôt, tandis qu'il traversait une clairière à bord de son 4x4 pick-up.

  Malgré le soleil radieux du matin, Xavier était soucieux. Il pensait à sa parcelle de bois, dont il revenait ; à tous ses meilleurs arbres qui, en quelques semaines, avaient pourri sur pied, ravagés par une épidémie de moisissure, et qu'il allait devoir abattre ; au manque à gagner qu'il allait subir...

  Il avait été tiré de ses pensées par une odeur infecte de décomposition. L'homme s'était arrêté pour inspecter la clairière, pensant y trouver une carcasse vieille de plusieurs jours. Mais l'animal qui gisait devant lui était bel et bien vivant.

  C'était un beau brocard, un jeune mâle qui aurait dû être en pleine santé. Il était étalé par terre, paralysé, respirant péniblement. Son arrière-train était souillé et ses grands yeux vitreux, enfoncés dans leurs orbites. Malgré cela, aussi loin que son long cou le lui permettait, il broutait par saccades l'herbe de la clairière, dessinant un cercle autour de lui.

  Il avait dû se faire percuter par une voiture, ou quelque chose comme ça. La chasse au chevreuil ne commencerait pas avant le mois d'octobre, mais...

"Pauvre bougre, je vais pas te laisser souffrir comme ça..."

  Alors Xavier était rentré chez lui, pour aller chercher sa carabine.

***

  Le brocard a cessé de brouter. La balle a traversé son crâne. Xavier abaisse le canon de son arme.

  À l'écart du village, il y a une fosse où les chasseurs jettent les carcasses de gibier après le dépeçage. Il ira se débarrasser du brocard - et de sa puanteur - là-bas.

  Bravant l'odeur, Xavier attrape dans ses grandes mains les fines pattes du chevreuil et manque de tomber à la renverse en le soulevant. Le brocard est bien plus léger que ce que sa taille laisse à penser.

"Comme une bûche pourrie."

  Xavier se remet d'aplomb. Il raffermit sa prise, soulève l'animal et le jette dans la benne de son pick-up.

  Le brocard s'écrase sur la tôle dans un claquement humide. La fourrure blanche de son ventre se crève dans une explosion de poudre brunâtre. L'animal n'a plus de viscères. A la place, il n'y a qu'un amas marron, spongieux, poussiéreux qui sent...

L'arbre pourri.

Ses arbres pourris vivants.

C'est la dernière chose à laquelle pense Xavier avant de vomir au milieu de la clairière.


FIN

Tous droits réservés @Row Gvn.

#fiction